
On ne peut que s'associer à Antoine Gallimard pour fustiger ceux qui se serviraient aujourd'hui d'Alde Manucce pour vendre à grand prix une triste révolution numérique.
Aldo Manuzio, professeur de grec et soucieux que ses élèves aient des livres, s'est justement lancé en 1480 dans la bataille pour pallier à la médiocrité des imprimeurs d'alors, obnubilés par ce marché prometteur de l'imprimerie de masse, comme on voit aujourd'hui fleurir des plates-formes, readers et autres ebooks, pour la plupart peu commodes, sans caractère innovant, et pas très attirants. Mais en 1501, c'était réglé, le livre moderne était né. On connait la suite.
Nous en sommes un peu là. L'encre électronique communicante, la réalité augmentée, et l'iPhone/tablette auraient enthousiasmé Aldo et ses acolytes, Musurus, Erasme, Mantegna, Dürer, sans parler de ses meilleures lectrices, Isabelle d'Este et Lucrèce Borgia. Quelle alchimie d'outils et de contenus auraient-ils inventée, quel modèle de diffusion auraient imaginé ceux qui à l'époque étaient à la fois éditeurs, imprimeurs, libraires, créateurs d'encres, de typographies et d'objets?
Tout cela est à expérimenter et mettre au point par les acteurs de la chaine du livre eux-mêmes.